Madam C. J. Walker : de blanchisseuse à entrepreneuse

Une femme née avec presque rien… qui décida de construire sa propre voie

Son véritable nom était Sarah Breedlove.

Elle naît en Louisiane en 1867.

Ses parents, Owen et Minerva, avaient été réduits en esclavage avant la guerre de Sécession.

Sarah est leur premier enfant né libre.

Libre.

Un mot immense.

Mais être née libre ne signifiait certainement pas naître avec toutes les portes ouvertes.

Sa famille vit très modestement.

Et avant même d'avoir réellement commencé sa vie, Sarah va connaître les épreuves.

Elle perd ses parents alors qu'elle n'est encore qu'une enfant.

À sept ans, elle est orpheline.

Elle part vivre avec sa sœur.

Elle travaille dans les champs de coton.

À quatorze ans, elle se marie.

Quelques années plus tard, elle devient mère.

Puis, à seulement vingt ans, son mari meurt.

Sarah se retrouve seule avec une petite fille de deux ans.

À cet instant de son histoire, rien ne laisse imaginer qu'elle deviendra un jour l'une des femmes entrepreneuses les plus remarquables de son époque.

 


 

 Gagner sa vie comme blanchisseuse

Sarah part s'installer à Saint-Louis, où vivent plusieurs de ses frères.

Elle doit faire vivre sa fille.

Elle travaille comme blanchisseuse et comme cuisinière.

Le travail est éprouvant.

L'argent est rare.

Pendant des années, son quotidien est fait de travail manuel et de responsabilités.

Mais Sarah observe.

Elle rencontre des personnes dont les parcours lui montrent que d'autres possibilités existent.

Et surtout, elle veut offrir à sa fille quelque chose qu'elle-même n'a pratiquement pas reçu :

une éducation et davantage de possibilités.

Elle ne sait pas encore comment transformer sa propre existence.

Mais une nouvelle direction commence doucement à apparaître.

 


 

💇‍♀️ Un problème personnel devient une idée

À cette époque, Sarah souffre elle-même de problèmes du cuir chevelu et de perte de cheveux.

Les conditions de vie, l'hygiène parfois difficile et les produits disponibles rendent les problèmes capillaires fréquents.

Elle essaie différentes solutions.

Puis elle commence à travailler comme agente commerciale pour Annie Turnbo Malone, une autre entrepreneuse noire pionnière dans les produits capillaires.

Sarah apprend.

Elle observe le marché.

Elle comprend les besoins des femmes auxquelles elle s'adresse.

Puis elle décide de développer et commercialiser ses propres produits.

En 1905, elle part pour Denver.

Elle possède très peu d'argent.

Mais elle possède désormais quelque chose qui n'existait pas quelques années auparavant :

une idée.

 


 

 Madam C. J. Walker est née

À Denver, Sarah continue de travailler tout en développant son activité.

Elle rencontre Charles Joseph Walker, qui travaille notamment dans la publicité.

Ils se marient.

Sarah Breedlove adopte alors le nom sous lequel l'histoire la connaîtra :

Madam C. J. Walker.

Elle commence à vendre ses produits directement aux femmes.

Elle fait du porte-à-porte.

Elle réalise des démonstrations.

Elle explique comment prendre soin du cuir chevelu et des cheveux.

Elle voyage.

Elle rencontre ses clientes.

Elle développe son réseau.

Petit à petit, ce qui était une activité modeste commence à devenir une véritable entreprise.

 


 

 Mais son idée va beaucoup plus loin que vendre des produits

C'est ici que son histoire devient particulièrement intéressante.

Madam Walker ne veut pas seulement créer une clientèle.

Elle commence à former d'autres femmes.

Elle développe un réseau d'agentes capables de vendre les produits et d'effectuer des soins.

Pour de nombreuses femmes noires américaines du début du XXe siècle, les possibilités professionnelles sont extrêmement limitées.

Devenir une « Walker Agent » représente alors davantage qu'un travail.

Cela peut signifier :

gagner son propre argent ;

acquérir une compétence ;

développer une clientèle ;

et parfois construire sa propre indépendance.

Son entreprise devient donc également une formidable machine de transmission.

La réussite d'une femme commence à créer des possibilités pour beaucoup d'autres.

 


 

 Construire sa propre usine

L'entreprise grandit.

Madam Walker ouvre des centres de formation.

Puis elle installe son siège à Indianapolis.

Elle y fait construire une usine, un salon et une école destinés à former les professionnelles utilisant sa méthode.

La femme qui avait travaillé comme blanchisseuse dirige désormais une entreprise nationale.

Ses produits sont distribués dans de nombreux endroits.

Son réseau continue de se développer.

Et sa réussite financière devient considérable.

À la fin de sa vie, Madam C. J. Walker compte parmi les femmes entrepreneuses les plus prospères de son époque.

Mais l'histoire pourrait encore une fois s'arrêter trop tôt si nous ne regardions que son argent.

Car elle décide d'utiliser sa réussite pour autre chose.

 


 

 Réussir… puis ouvrir la porte aux autres

Madam Walker devient une importante philanthrope et militante.

Elle soutient financièrement des établissements éducatifs et des organisations de la communauté afro-américaine.

Elle contribue notamment à des projets liés à l'éducation.

Elle soutient la lutte contre le lynchage.

Elle encourage également les femmes de son réseau à participer à des actions sociales et philanthropiques.

Sa fortune n'est donc pas seulement une destination personnelle.

Elle devient un outil.

Un moyen de créer des possibilités.

De soutenir des causes.

De permettre à d'autres femmes de gagner leur indépendance.

 


 

 De la plantation à sa propre maison

À la fin de sa vie, Madam Walker possède notamment Villa Lewaro, une magnifique demeure construite à Irvington, dans l'État de New York.

Le contraste est saisissant.

Sarah Breedlove était née sur la plantation de Louisiane où ses parents avaient autrefois été esclaves.

Quelques décennies plus tard, elle était propriétaire de son entreprise, de son usine et de sa maison.

Mais entre ces deux images se trouvent des années de travail.

Des pertes.

Des difficultés.

Des déplacements.

Des apprentissages.

Des rencontres.

Des décisions.

Et surtout...

une femme qui refusa de considérer sa situation initiale comme une définition permanente de ce qu'elle pouvait devenir.

 


 

 Ce que son histoire raconte réellement

Il serait tentant de résumer son parcours ainsi :

« Elle était pauvre et elle est devenue millionnaire. »

Mais ce serait presque réduire son histoire.

Car la réussite de Madam Walker ne se trouve pas uniquement dans ce qu'elle a accumulé.

Elle se trouve aussi dans ce qu'elle a rendu possible pour d'autres.

Elle a créé une entreprise.

Mais elle a également créé des emplois.

Elle a formé des femmes.

Elle a favorisé leur indépendance économique.

Elle a utilisé une partie de sa réussite pour soutenir l'éducation et défendre des causes auxquelles elle croyait.

Et cela nous conduit à une autre définition de la réussite.

Peut-être que réussir ne consiste pas seulement à monter.

Peut-être que la réussite devient encore plus grande lorsque, en montant, nous construisons aussi un escalier pour ceux qui arrivent derrière nous.

 


 

Ce que son histoire peut nous rappeler

Votre passé peut expliquer d'où vous venez.

Il ne peut pas toujours prédire jusqu'où vous irez.

Madam Walker n'avait pas reçu une route toute tracée vers la réussite.

Elle a dû apprendre.

Travailler.

Observer.

Saisir des possibilités.

Créer les suivantes.

Puis transmettre ce qu'elle avait construit.

Son parcours nous rappelle également quelque chose que nous oublions parfois :

une difficulté personnelle peut parfois révéler un besoin auquel personne n'a encore suffisamment répondu.

Un problème peut devenir une question.

Une question peut devenir une idée.

Une idée peut devenir un projet.

Et un projet peut parfois transformer beaucoup plus qu'une seule existence.

 


 

 À retenir

Si votre point de départ vous semble trop modeste...

Si vous pensez ne pas avoir reçu suffisamment de chances...

Si vous regardez certaines personnes en pensant qu'elles possédaient dès le départ quelque chose que vous n'avez pas...

Souvenez-vous de Sarah Breedlove.

Une enfant devenue orpheline.

Une jeune veuve.

Une blanchisseuse.

Une mère.

Puis une vendeuse.

Une entrepreneuse.

Une employeuse.

Une philanthrope.

Une militante.

Madam C. J. Walker.

Elle n'a pas effacé son point de départ.

Elle a construit la suite.

Et peut-être est-ce finalement cela que toutes ces histoires nous apprennent :

nous ne pouvons pas toujours choisir le premier chapitre.

Mais il reste parfois beaucoup de pages à écrire.

Votre histoire n'est pas terminée.

Tout est encore possible.

 

Les éléments essentiels de ce récit sont bien documentés : Walker est née Sarah Breedlove de parents anciennement esclaves, est devenue orpheline très jeune, a travaillé comme blanchisseuse, puis a développé son entreprise de soins capillaires. Elle a également créé un réseau professionnel offrant des débouchés à des milliers de femmes noires et consacré une part importante de sa réussite à la philanthropie et à l'activisme.

 

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