Nelson Mandela : de prisonnier à président
27 années derrière les barreaux… sans connaître la fin de l'histoire
Imaginez une porte qui se referme derrière vous.
Puis une année passe.
Deux.
Cinq.
Dix.
Vingt.
Et toujours cette même porte.
Lorsque Nelson Mandela est emprisonné au début des années 1960, il ne peut pas savoir qu'un jour il franchira de nouveau les portes d'une prison en homme libre.
Encore moins qu'il deviendra quelques années plus tard...
président de l'Afrique du Sud.
Son histoire n'est évidemment pas une simple histoire de « réussite ».
Elle appartient à l'histoire politique douloureuse d'un pays marqué par l'apartheid, la violence, les discriminations et la lutte pour les droits fondamentaux.
Mais elle nous confronte également à une question vertigineuse :
Comment continuer à croire en un avenir différent lorsque cet avenir semble repoussé année après année ?
🇿🇦 Grandir dans une Afrique du Sud divisée
Nelson Rolihlahla Mandela naît en 1918 dans le village de Mvezo, en Afrique du Sud.
Il appartient au peuple xhosa et grandit dans la communauté thembu.
Il poursuit des études et s'oriente vers le droit.
Mais autour de lui, l'Afrique du Sud est profondément divisée par la ségrégation raciale.
À partir de 1948, le gouvernement institutionnalise officiellement un système qui portera le nom d'apartheid.
Les habitants sont classés selon des catégories raciales.
Le lieu où l'on peut vivre.
Les écoles que l'on peut fréquenter.
Les emplois.
Les déplacements.
Les droits politiques.
Une immense partie de la vie quotidienne est organisée selon cette séparation.
Mandela refuse d'accepter ce système comme une fatalité.
✊ Entrer dans la lutte
En 1944, Mandela rejoint l'African National Congress, l'ANC.
Il participe notamment à la création de sa Ligue de jeunesse.
Avec d'autres militants, il s'engage dans la lutte contre les politiques de ségrégation et d'apartheid.
Au début, les campagnes auxquelles il participe privilégient notamment la désobéissance civile et la résistance non violente.
Mais la répression s'intensifie.
En 1960, le massacre de Sharpeville marque profondément le pays.
La police ouvre le feu sur des manifestants.
Des dizaines de personnes sont tuées.
L'ANC est interdit.
Mandela entre dans la clandestinité.
Et la stratégie du mouvement évolue.
⚠️ Un choix controversé
Pour raconter honnêtement Nelson Mandela, il ne faut pas transformer son histoire en légende parfaite.
En 1961, il participe à la création d'Umkhonto we Sizwe, la branche armée associée à l'ANC.
Le mouvement mène notamment des opérations de sabotage contre des installations du régime.
Mandela expliquera que cette évolution était liée à l'impasse dans laquelle se trouvait selon lui la résistance non violente face à la répression.
Cette partie de son histoire demeure essentielle.
Parce que Tout est encore possible ne doit pas fabriquer des héros sans complexité.
Les êtres humains sont plus compliqués que les citations que nous partageons sur les réseaux sociaux.
Et Mandela lui-même l'était.
🔒 L'arrestation
En août 1962, Nelson Mandela est arrêté.
Il est d'abord condamné à cinq années d'emprisonnement.
Puis vient le procès de Rivonia.
Mandela et plusieurs de ses compagnons sont accusés notamment de sabotage.
Ils risquent la peine de mort.
En avril 1964, Mandela prononce depuis le tribunal un discours qui deviendra historique.
Il y défend son idéal d'une société démocratique et libre dans laquelle tous pourraient vivre ensemble avec les mêmes possibilités.
Et il affirme être prêt, si nécessaire, à mourir pour cet idéal.
Quelques semaines plus tard, le verdict tombe.
La prison à perpétuité.
Robben Island
Mandela est envoyé à Robben Island.
Une petite île située au large du Cap.
Il y devient le prisonnier 466/64 :
le 466e détenu arrivé en 1964.
Sa cellule est minuscule.
Les conditions de détention sont difficiles.
Il effectue des travaux forcés, notamment dans une carrière de calcaire.
Les visites sont extrêmement limitées.
Les lettres sont contrôlées.
Sa vie familiale continue loin de lui.
Ses enfants grandissent.
Le monde change.
Et lui reste derrière les murs.
Une année. Puis une autre.
C'est peut-être ici qu'il faut s'arrêter quelques secondes.
Parce qu'écrire :
« Nelson Mandela passa 27 ans en prison »
ne permet pas réellement de comprendre ce que représentent 27 années.
Vingt-sept anniversaires.
Vingt-sept Noëls.
Des milliers de réveils dans une cellule.
Des proches que l'on ne voit presque plus.
Des événements familiaux auxquels on ne participe pas.
Des années qui ne reviendront jamais.
À plusieurs reprises, des possibilités de libération conditionnelle seront évoquées.
Mais certaines impliquent des conditions politiques qu'il refuse d'accepter.
La prison continue.
Pourtant, quelque chose continue aussi à l'intérieur
Mandela étudie.
Il lit.
Il échange avec les autres détenus.
Robben Island devient même parfois surnommée « l'université » par les prisonniers politiques, tant les discussions et l'apprentissage y occupent une place importante.
Mandela travaille également à mieux comprendre ses adversaires.
Il apprend notamment l'afrikaans.
Non parce qu'il renonce à ses convictions.
Mais parce qu'il comprend qu'un jour, pour négocier, il faudra aussi comprendre ceux qui se trouvent de l'autre côté.
Les années de prison ne font donc pas disparaître la réflexion politique.
Elles la transforment.
11 février 1990
Puis arrive un jour que des millions de personnes vont regarder à travers le monde.
Le 11 février 1990.
Après 27 années d'emprisonnement, Nelson Mandela est libéré.
Il a 71 ans.
Imaginez encore une fois cette scène.
Un homme entre en prison dans la quarantaine.
Il en ressort plus de deux décennies plus tard.
Le monde a changé.
Son pays aussi.
Mais le plus difficile reste peut-être encore à accomplir.
Parce qu'il ne suffit pas d'ouvrir une porte de prison pour reconstruire une nation.
🤝 Que faire de 27 années perdues ?
Mandela aurait pu sortir animé uniquement par le désir de vengeance.
Personne n'aurait pu prétendre que ces années n'avaient pas laissé de blessures.
Mais la transition sud-africaine exige autre chose.
Des négociations s'engagent entre l'ANC, le gouvernement de F. W. de Klerk et d'autres acteurs politiques.
Le processus est extrêmement difficile.
La violence politique ne disparaît pas immédiatement.
Les tensions sont immenses.
L'avenir du pays demeure incertain.
Pourtant, les négociations avancent.
En 1993, Nelson Mandela et F. W. de Klerk reçoivent conjointement le prix Nobel de la paix pour leur contribution à la fin pacifique de l'apartheid et à l'établissement d'une Afrique du Sud démocratique.
Puis arrive 1994.
De prisonnier à président
Pour la première fois, l'Afrique du Sud organise des élections nationales auxquelles les citoyens de toutes les races peuvent participer.
Des files immenses se forment devant les bureaux de vote.
Des personnes attendent pendant des heures.
Nelson Mandela vote lui-même pour la première fois de sa vie lors de cette élection.
L'ANC remporte le scrutin.
Et le 10 mai 1994...
Nelson Mandela devient le premier président noir de l'Afrique du Sud.
L'homme condamné à la prison à perpétuité trente ans auparavant prête désormais serment comme président de son pays.
Relisez simplement ces deux phrases.
1964 : prison à perpétuité.
1994 : président de la République.
Entre les deux :
trente années d'histoire.
Et aucune garantie que la seconde phrase existerait un jour.
Choisir la réconciliation
La présidence de Mandela ne résout évidemment pas toutes les blessures de l'Afrique du Sud.
Les conséquences économiques et sociales de décennies d'apartheid ne disparaissent pas en quelques années.
Mais Mandela fait de la réconciliation nationale l'un des symboles de sa présidence.
Il cherche à éviter qu'un système de domination soit simplement remplacé par une logique de revanche.
Ce choix ne signifie pas oublier.
Il ne signifie pas prétendre que rien ne s'est passé.
La réconciliation n'est pas l'effacement de l'histoire.
Elle consiste à essayer de construire quelque chose après elle.
Et peut-être est-ce là l'une des dimensions les plus difficiles de son parcours.
Sortir physiquement d'une prison est une chose.
Refuser de laisser cette prison décider entièrement de ce que vous deviendrez ensuite en est une autre.
Ce que son histoire peut nous rappeler
Évidemment, nos difficultés quotidiennes ne doivent pas être comparées mécaniquement aux 27 années d'emprisonnement de Mandela.
Son histoire appartient à un contexte historique et politique exceptionnel.
Mais elle nous rappelle quelque chose d'universel :
nous ne connaissons pas la fin d'une histoire pendant que nous la traversons.
En 1964, Mandela reçoit une condamnation à perpétuité.
Le mot lui-même semble définitif.
Perpétuité.
Et pourtant...
ce n'était pas la dernière ligne.
Une autre forme de victoire
Dans les histoires précédentes de Tout est encore possible, nous avons parlé d'entreprises.
De cinéma.
D'université.
De réussite professionnelle.
Ici, la victoire possède une autre forme.
Elle consiste à survivre.
À conserver une conviction.
À évoluer sans abandonner l'essentiel.
À négocier avec ceux que l'on a combattus.
Et à participer à la construction d'un avenir que l'on n'était même pas certain de voir un jour.
Cela nous rappelle que la réussite n'a pas une seule définition.
Parfois, réussir signifie bâtir quelque chose.
Parfois, recommencer.
Parfois, pardonner sans oublier.
Et parfois...
rester debout suffisamment longtemps pour voir arriver un jour que l'on croyait impossible.
À retenir
Il existe peut-être aujourd'hui quelque chose dans votre vie qui vous paraît définitif.
Une situation.
Un échec.
Une séparation.
Un refus.
Une période qui dure beaucoup trop longtemps.
Vous ne savez pas encore comment elle se terminera.
Et personne ne peut vous promettre qu'elle se terminera exactement comme vous le souhaitez.
Mais ne confondez pas systématiquement :
« Je ne vois pas encore la sortie »
avec
« Il n'existe aucune sortie. »
L'histoire continue parfois longtemps après le moment où nous pensions qu'elle était terminée.
Nelson Mandela fut prisonnier pendant 27 années.
Puis il devint président de son pays.
Entre ces deux réalités se trouve quelque chose qu'aucune cellule n'avait réussi à emprisonner complètement :
la possibilité d'un autre avenir.
Votre histoire n'est pas terminée.
Tout est encore possible.